La classification des habitats continentaux du Maroc proposée dans ce travail constitue une première formalisation systématique d’un référentiel typologique harmonisé à l’échelle nationale. Elle s’inscrit dans le cadre conceptuel de la typologie EUNIS (European Nature Information System), système de classification des habitats naturels, semi-naturels et anthropiques couvrant les milieux terrestres et marins européens. Élaborée par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), la typologie EUNIS poursuit un double objectif : standardiser la description des habitats afin d’en assurer la comparabilité spatiale et soutenir les dispositifs de suivi de la biodiversité et les politiques de conservation.
Toutefois, le transfert direct de ce référentiel au contexte nord-africain se heurte à des limites biogéographiques et écologiques majeures. La présente typologie procède dès lors à une adaptation raisonnée du cadre EUNIS, fondée sur la prise en compte des spécificités climatiques, géomorphologiques et phytogéographiques marocaines. Elle intègre notamment des habitats arides et sahariens dépourvus d’équivalents stricts dans le référentiel européen (arganeraies, steppes arides et sahariennes, formations à thuya, acacia spp. ou euphorbe spp., oasis, chotts et sebkhas désertiques). Elle considère également des unités géomorphologiques structurantes (graras, regs, ergs, lits d’oueds) ainsi que les grands ensembles de végétation décrits pour le Maroc par Ionesco et Sauvage (1962), dont la portée physionomique et écologique demeure déterminante dans l’organisation des paysages.
La typologie repose sur une organisation hiérarchique emboîtée. Le premier niveau correspond aux grands types de milieux (niveau 1, dit niveau supérieur de description). Chaque unité de niveau 1 se subdivise en unités de niveau 2, elles-mêmes déclinées en unités de niveau 3. Cette structuration graduelle permet d’accroître progressivement le degré de précision descriptive et d’affiner la caractérisation écologique des habitats.
Dans le cadre du présent essai, la hiérarchisation ne dépasse pas le troisième niveau. En effet, aux niveaux inférieurs, les critères discriminants deviennent plus spécialisés et mobilisent des référentiels conceptuels qui ne font pas toujours l’objet d’un consensus scientifique. En particulier, la définition d’unités plus fines pourrait reposer sur une approche phytosociologique. Si cette dernière offre une base théorique rigoureuse, son application demeure souvent délicate en contexte opérationnel, en raison de sa technicité et de sa relative difficulté d’appropriation par un public élargi d’acteurs, notamment gestionnaires et praticiens de terrain. Les auteurs ont ainsi privilégié, à ce stade, une approche concertée, laissant ouverte la possibilité d’un approfondissement ultérieur fondé sur les retours d’expérience et l’avis des gestionnaires.
La classification distingue 11 grands types de milieux, dont le degré de résolution varie en fonction de l’état des connaissances disponibles et de la littérature existante. Elle s’appuie sur la tradition phytosociologique marocaine tout en adoptant une structuration compatible avec les standards internationaux. En l’état, cette proposition constitue un cadre de référence opérationnel pour l’identification et la cartographie des habitats continentaux du Maroc. Elle présente une cohérence interne satisfaisante, une solidité conceptuelle défendable et offre une base méthodologique susceptible d’évoluer vers des niveaux de précision plus fins à mesure de l’avancement des connaissances et de la consolidation des consensus scientifiques.
Réf. Sghir Taleb M. & Fennane M., 2025 - Essai de classification des habitats continentaux du Maroc (niveaux hiérarchiques supérieurs et moyens). Université Mohammed V de Rabat, travaux de l’Institut Scientifique, série Générale, n° 10, 122 p.
Posté par Jean-Paul Peltier.