Cette synthèse résume les connaissances actuelles sur les micro-organismes (bactéries, champignons et levures) vivant en association avec l’arganier et met en lumière leurs rôles clés pour la santé de l’arbre et son environnement, que ce soit en milieu naturel ou en pépinière.
Les acteurs du microbiome de l’arganier,
Bactéries : certaines, appelées PGPR, (pour Plant Growth-Promoting Rhizobacteria), bactéries favorisant la croissance des plantes, sont dominées par le genre Streptomyces. Elles aident l’arganier à absorber le phosphore (un nutriment essentiel) présent dans le sol, réguler ses hormones pour une meilleure croissance, lutter contre les maladies (biocontrôle) et produire des composés utiles pour l’industrie, comme des alternatives écologiques aux plastiques (le polyhydroxybutyrate)
Communautés fongiques : dominées par les champignons mycorhiziens arbusculaires (champignons en symbiose avec les racines) qui améliorent l'absorption du phosphore et aident l’arbre à résister à la sécheresse. Elles intègrent aussi des Ascomycètes endophytes source de composés bioactifs (antioxydants, antifongiques) et des champignons entomopathogènes qui protègent l’arganier des insectes nuisibles (biocontrôle).
Levures : bien que moins documentées, elles pourraient posséder des caractéristiques métaboliques inexplorées, avec des applications dans les procédés agroalimentaires (texturants, émulsifiants, arômes) et biotechnologiques.
L’étude souligne également que la perception de la diversité microbienne est fortement influencée à la fois par l’environnement d’isolement et par les méthodes d’identification, allant des techniques basées sur la culture au séquençage haut débit et à la métagénomique.
Elle conclut que la compréhension du microbiome de l’arganier offre des perspectives majeures pour la restauration durable des arganeraies, le développement d'une agriculture résiliente face au changement climatique et l'innovation biotechnologique.
Réf. Taqarort N., Sadik S., Bouharroud R. & Qessaoui R. 2026 - Microbial diversity associated with the argan tree and its functional and biotechnological potential. Discover Plants (2026) 3:89 https://doi.org/10.1007/s44372-026-00571-7
Posté par Jean-Paul Peltier.
Le génome chloroplastique (plastome) d’Euphorbia resinifera a été séquencé à partir de l’ADN extrait de 5-10 épines stipulaires (correspondant à environ 20 mg de tissu congelé) de ses tiges tétragones (rarement trigones) pour éviter d’endommager les euphorbes par la coupe des tiges.
Les banques d’ADN, préparées avec le kit NEBNext Ultra II FS DNA Library Prep (New England Biolabs), ont été séquencées sur une plateforme Illumina NovaSeq 6000 (cellule de flux S2). Après un nettoyage des séquences brutes via Trimmomatic (v0.39) et un contrôle qualité par FastQC (v0.12.1), le plastome a été assemblé de novo avec le logiciel NOVOPlasty (v4.3.5), en utilisant le gène rbcL d’Euphorbia ampliphylla comme amorce. Cet assemblage a été validé de manière comparative à l'aide de GetOrganelle (v1.7.7.0).
L’annotation et l’analyse génomique ont été réalisées via GeSeq (v2.03) et CPGAVAS2, tandis qu’OGDRAW a permis de générer la carte circulaire standardisée du génome.
Le plastome complet d’Euphorbia resinifera est une molécule d’ADN circulaire de 163 065 paires de bases (pb) présentant une teneur en guanine-cytosine (GC) de 35,11 % et 96 loci SSR (Simple Sequence Repeat). Il possède la structure quadripartite typique des Angiospermes, composée d’une grande région à copie unique (LSC) de 91 462 pb (32,06 % GC), d’une petite région à copie unique (SSC) de 18 285 pb (29,13 % GC) et de deux répétitions inversées (IR) de 26 659 pb chacune (42,39 % GC). L'analyse détaille également le nombre, la nature des motifs et la distribution de ces SSR, marqueurs clés de la diversité génétique.
Le génome totalise 132 gènes annotés, incluant 87 gènes codant pour des protéines, 37 gènes d’ARNt et 8 gènes d’ARNr, répartis à raison de 82 gènes dans la région LSC, 12 dans la SSC et 19 dans chaque région IR.
Cette étude fournit le premier génome chloroplastique séquencé parmi les trois espèces d’euphorbes cactiformes endémiques du Maroc.
Réf. Taha A., Rabeh K., Lamara M., et al., 2026 - Complete chloroplast genome of Euphorbia resinifera: overcoming biogeographical bias in phylogenetic inference and establishing a conservation genomics framework for threatened North-West African cactiform species. Front. Plant Sci. 17:1785579. doi: 10.3389/fpls.2026.1785579
Posté par Jean-Paul Peltier.
Des vergers d’arganiers (âgés de 2 à 10 ans) conduits en système extensif dans la réserve de biosphère de l’arganeraie ont été étudiés afin d’évaluer les stocks de carbone des principales composantes de l’écosystème (biomasse aérienne des arganiers, litière foliaire, végétation herbacée et sol). L’étude, menée sur six sites entre 2021 et 2023, a combiné des mesures morpho-physiologiques et dendrométriques avec une modélisation par équations structurelles pour analyser les interactions entre compartiments. Les stocks de carbone ont été estimés selon les directives du GIEC (2006, révisées en 2019).
Les résultats montrent une augmentation du stock de carbone de la biomasse des arganiers avec l’âge (0,003 à 1,938 t C ha⁻¹ entre 2 et 10 ans). Les contributions de la litière (0,36–8,51 kg C ha⁻¹) et de la biomasse herbacée (0–0,56 t C ha⁻¹) restent limitées. Le sol constitue le principal réservoir de carbone, avec des stocks variant de 10,12 à 80,5 t C ha⁻¹ (0–30 cm) et de 8,49 à 75,94 t C ha⁻¹ (30–60 cm).
Ces résultats mettent en évidence le rôle dominant du sol dans la séquestration du carbone et soulignent le potentiel de l’arganiculture extensive pour la restauration des écosystèmes et l’atténuation du changement climatique. Ils confirment également l’intérêt d’intégrer ces systèmes dans les stratégies climatiques nationales et les mécanismes de valorisation carbone, notamment en zones arides.
Réf. Oumasst A., Tiouidji F. E., Chabbi N. ,et al.2026 - Evaluating the dynamics of carbon accumulation in extensive argan orchard ecosystems in arid regions. Ecological Processes (2026) 15:6 - https://doi.org/10.1186/s13717-025-00666-1
Posté par Jean-Paul Peltier.
L’étude a pour objectif de cartographier, à l’aide d’images satellitaires à très haute résolution spatiale, la formation à arganier située dans la haute vallée de l’oued Grou. Ce peuplement correspond à une population disjointe localisée à environ 400 km au nord de l’aire principale de répartition de l’arganier. Il est considéré comme un site d’intérêt biologique et écologique et a été identifié comme prioritaire pour la mise en œuvre de mesures de conservation et de valorisation.
La zone d’étude est caractérisée par un bioclimat semi-aride à hivers tempérés, avec des précipitations annuelles estimées entre 400 et 450 mm.
Dans l’ensemble, l’arganeraie se présente sous la forme d’un matorral dégradé sous l’effet combiné des coupes de bois et du surpâturage. Elle comprend environ 775 pieds d’arganiers dispersés sur une zone à vocation sylvo-pastorale de 1200 ha, située entre 200 et 600 m d’altitude.
La majorité des arganiers se développe sur des versants très escarpés, exposés au sud ou au sud-ouest, sur des substrats schisteux paléozoïques caractérisés par des sols peu développés. Les arganiers y sont principalement associés au sumac à cinq feuilles (Rhus pentaphylla).
Quelques individus sont également observés en ubac. Cependant, sur ces versants, où les sols sont généralement plus profonds et mieux développés, la formation végétale dominante correspond à des boisements de thuya (Tetraclinis articulata), d’oléastre (Olea europaeasubsp. europaea) et de lentisque (Pistacia lentiscus).
À ce jour, ce site n’a jamais fait l’objet d’un plan de gestion. Cette absence de mesures d’aménagement explique en partie le degré de dégradation observé, près de 68 % de la surface étant actuellement occupée par des sols nus.
Il convient de rappeler que la présence de l’arganier dans la vallée de l’oued Grou a été signalée pour la première fois par Emberger en 1924. Par ailleurs, l’étude du génome chloroplastique de l’arganier a montré que ces peuplements résulteraient d’une dispersion relativement récente, probablement d’origine anthropique (El Mousadik & Petit, 1996).
Réf. Sahel Y., Dellahi Y. & Chahhou D., 2022 Mapping the Site of Biological and Ecological Interest of Rganat-Bouchkal (Tsili) Argan forest (Moroccan Central Plateau) using remote sensing. IOP Conf. Ser.: Earth Environ. Sci. 1090 012001
Posté par Jean-Paul Peltier.
Cette étude présente une analyse bibliométrique de 926 publications scientifiques consacrées à Argania spinosa, extraites de la base Scopus et couvrant la période 1897-2024. Elle constitue la première investigation englobant l’ensemble des thèmes de recherche liés à l’arganier. La sélection du corpus et la stratégie de recherche ont été réalisées selon les recommandations PRISMA 2020.
L’approche méthodologique repose sur l’utilisation du package Bibliometrix et du logiciel VOSviewer, devenus depuis la fin des années 2010 des outils de référence pour l’évaluation des performances scientifiques, l’analyse des réseaux de collaboration et la visualisation des cooccurrences de mots-clés.
Les premiers écrits sur l’arganier remontent au XIIᵉ siècle et sont attribués aux érudits arabes andalous, mais la recherche scientifique est restée limitée jusqu’aux années 1990. Entre 1996 et 2021, la production scientifique augmente progressivement, en lien avec le développement du secteur de l’huile d’argan et sa valorisation économique, notamment en médecine, phytothérapie et cosmétique. Cette dynamique s’explique aussi par la création de coopératives féminines, les programmes internationaux de développement, diverses certifications (réserve de biosphère de l’UNESCO, patrimoine culturel immatériel), le renforcement des politiques publiques, l’apport de financements nationaux et internationaux et l’organisation de congrès scientifiques. L’intérêt industriel et la demande internationale stimulent les recherches sur la chimie, la génétique, la domestication et les propriétés biologiques de l’arganier. La période 2021-2024 montre toutefois un recul récent des publications, probablement lié aux effets de la pandémie de COVID-19, aux contraintes financières et aux conditions climatiques défavorables.
Les analyses de réseaux mettent en évidence la structure intellectuelle et sociale de la recherche (auteurs, domaines, sources, pays et collaborations).
L’analyse de cooccurrence des quatre-vingt-huit mots-clés émergents identifie deux grands ensembles thématiques. Le premier concerne les recherches sur l’huile d’argan : composition chimique, techniques d’extraction, rôle des composés phénoliques dans la tolérance au stress hydrique, variation des acides gras et composés phénoliques entre variétés d’arganier, ainsi que propriétés antioxydantes et effets sur la santé humaine. Le second ensemble traite de la conservation et du reboisement des forêts d’arganiers et de leur adaptation au changement climatique. Les publications abordent notamment les initiatives de conservation, les plantations, la diversité génétique, les techniques de germination et la valorisation des sous-produits tels que les coques d’argan.
L’analyse croisée des structures conceptuelles, intellectuelles et sociales offre une lecture contextualisée de l’évolution des recherches et permet de mieux comprendre la dynamique et les orientations de la communauté scientifique travaillant sur l’arganier.
Aujourd’hui, la recherche reste principalement orientée vers la valorisation de l’huile, tandis que la durabilité forestière à long terme demeure relativement peu étudiée dans un contexte de changement climatique. Les recherches futures devraient adopter une approche multidisciplinaire intégrant génomique, biotechnologie, innovation en pépinière, génétique moléculaire, outils numériques de suivi et gouvernance socio-institutionnelle.
Parmi les stratégies proposées pour renforcer la résilience des forêts d’arganiers figure la migration assistée, consistant à déplacer intentionnellement l’espèce vers des zones moins affectées par le changement climatique. Toutefois, cette approche néglige le fait que la forêt d’arganier constitue aussi un paysage culturel, témoignant d’une relation ancienne et étroite entre les populations locales et leur environnement.
L’originalité de cette publication réside dans la construction du corpus, la profondeur de l’analyse et l’interprétation scientifique des résultats.
Réf. Timzioura R., Ezzine S., Benomar L., et al., 2025 - Bibliometric Analysis of Argan (Argania spinosa (L.) Skeels) Research: Scientific Trends and Strategic Directions for Climate-Resilient Ecosystem Management. Forests, 16, 892. https://doi.org/10.3390/f16060892
Posté par Jean-Paul Peltier.
Dernière modification le lundi 22 juin 2026 à 10h24.