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[18 mars 2026] Accumulation du carbone en milieux arides : le rôle des vergers d’arganiers extensifs

Des vergers d’arganiers (âgés de 2 à 10 ans) conduits en système extensif dans la réserve de biosphère de l’arganeraie ont été étudiés afin d’évaluer les stocks de carbone des principales composantes de l’écosystème (biomasse aérienne des arganiers, litière foliaire, végétation herbacée et sol). L’étude, menée sur six sites entre 2021 et 2023, a combiné des mesures morpho-physiologiques et dendrométriques avec une modélisation par équations structurelles pour analyser les interactions entre compartiments. Les stocks de carbone ont été estimés selon les directives du GIEC (2006, révisées en 2019).

Les résultats montrent une augmentation du stock de carbone de la biomasse des arganiers avec l’âge (0,003 à 1,938 t C ha⁻¹ entre 2 et 10 ans). Les contributions de la litière (0,36–8,51 kg C ha⁻¹) et de la biomasse herbacée (0–0,56 t C ha⁻¹) restent limitées. Le sol constitue le principal réservoir de carbone, avec des stocks variant de 10,12 à 80,5 t C ha⁻¹ (0–30 cm) et de 8,49 à 75,94 t C ha⁻¹ (30–60 cm).

Ces résultats mettent en évidence le rôle dominant du sol dans la séquestration du carbone et soulignent le potentiel de l’arganiculture extensive pour la restauration des écosystèmes et l’atténuation du changement climatique. Ils confirment également l’intérêt d’intégrer ces systèmes dans les stratégies climatiques nationales et les mécanismes de valorisation carbone, notamment en zones arides.

Réf. Oumasst A., Tiouidji F. E., Chabbi N. ,et al.2026 - Evaluating the dynamics of carbon accumulation in extensive argan orchard ecosystems in arid regions. Ecological Processes (2026) 15:6 - https://doi.org/10.1186/s13717-025-00666-1

Posté par Jean-Paul Peltier.

[10 mars 2026] Le peuplement à arganier de la haute vallée de l’oued Grou

L’étude a pour objectif de cartographier, à l’aide d’images satellitaires à très haute résolution spatiale, la formation à arganier située dans la haute vallée de l’oued Grou. Ce peuplement correspond à une population disjointe localisée à environ 400 km au nord de l’aire principale de répartition de l’arganier. Il est considéré comme un site d’intérêt biologique et écologique et a été identifié comme prioritaire pour la mise en œuvre de mesures de conservation et de valorisation.

La zone d’étude est caractérisée par un bioclimat semi-aride à hivers tempérés, avec des précipitations annuelles estimées entre 400 et 450 mm.

Dans l’ensemble, l’arganeraie se présente sous la forme d’un matorral dégradé sous l’effet combiné des coupes de bois et du surpâturage. Elle comprend environ 775 pieds d’arganiers dispersés sur une zone à vocation sylvo-pastorale de 1200 ha, située entre 200 et 600 m d’altitude.

La majorité des arganiers se développe sur des versants très escarpés, exposés au sud ou au sud-ouest, sur des substrats schisteux paléozoïques caractérisés par des sols peu développés. Les arganiers y sont principalement associés au sumac à cinq feuilles (Rhus pentaphylla).

Quelques individus sont également observés en ubac. Cependant, sur ces versants, où les sols sont généralement plus profonds et mieux développés, la formation végétale dominante correspond à des boisements de thuya (Tetraclinis articulata), d’oléastre (Olea europaeasubsp. europaea) et de lentisque (Pistacia lentiscus).

À ce jour, ce site n’a jamais fait l’objet d’un plan de gestion. Cette absence de mesures d’aménagement explique en partie le degré de dégradation observé, près de 68 % de la surface étant actuellement occupée par des sols nus.

Il convient de rappeler que la présence de l’arganier dans la vallée de l’oued Grou a été signalée pour la première fois par Emberger en 1924. Par ailleurs, l’étude du génome chloroplastique de l’arganier a montré que ces peuplements résulteraient d’une dispersion relativement récente, probablement d’origine anthropique (El Mousadik & Petit, 1996).

Réf. Sahel Y., Dellahi Y. & Chahhou D., 2022 Mapping the Site of Biological and Ecological Interest of Rganat-Bouchkal (Tsili) Argan forest (Moroccan Central Plateau) using remote sensing. IOP Conf. Ser.: Earth Environ. Sci. 1090 012001

Posté par Jean-Paul Peltier.

[8 mars 2026] Cartographie scientifique de la recherche sur l’arganier : une analyse bibliométrique globale

Cette étude présente une analyse bibliométrique de 926 publications scientifiques consacrées à Argania spinosa, extraites de la base Scopus et couvrant la période 1897-2024. Elle constitue la première investigation englobant l’ensemble des thèmes de recherche liés à l’arganier. La sélection du corpus et la stratégie de recherche ont été réalisées selon les recommandations PRISMA 2020.

L’approche méthodologique repose sur l’utilisation du package Bibliometrix et du logiciel VOSviewer, devenus depuis la fin des années 2010 des outils de référence pour l’évaluation des performances scientifiques, l’analyse des réseaux de collaboration et la visualisation des cooccurrences de mots-clés.

Les premiers écrits sur l’arganier remontent au XIIᵉ siècle et sont attribués aux érudits arabes andalous, mais la recherche scientifique est restée limitée jusqu’aux années 1990. Entre 1996 et 2021, la production scientifique augmente progressivement, en lien avec le développement du secteur de l’huile d’argan et sa valorisation économique, notamment en médecine, phytothérapie et cosmétique. Cette dynamique s’explique aussi par la création de coopératives féminines, les programmes internationaux de développement, diverses certifications (réserve de biosphère de l’UNESCO, patrimoine culturel immatériel), le renforcement des politiques publiques, l’apport de financements nationaux et internationaux et l’organisation de congrès scientifiques. L’intérêt industriel et la demande internationale stimulent les recherches sur la chimie, la génétique, la domestication et les propriétés biologiques de l’arganier. La période 2021-2024 montre toutefois un recul récent des publications, probablement lié aux effets de la pandémie de COVID-19, aux contraintes financières et aux conditions climatiques défavorables.

Les analyses de réseaux mettent en évidence la structure intellectuelle et sociale de la recherche (auteurs, domaines, sources, pays et collaborations).

L’analyse de cooccurrence des quatre-vingt-huit mots-clés émergents identifie deux grands ensembles thématiques. Le premier concerne les recherches sur l’huile d’argan : composition chimique, techniques d’extraction, rôle des composés phénoliques dans la tolérance au stress hydrique, variation des acides gras et composés phénoliques entre variétés d’arganier, ainsi que propriétés antioxydantes et effets sur la santé humaine. Le second ensemble traite de la conservation et du reboisement des forêts d’arganiers et de leur adaptation au changement climatique. Les publications abordent notamment les initiatives de conservation, les plantations, la diversité génétique, les techniques de germination et la valorisation des sous-produits tels que les coques d’argan.

L’analyse croisée des structures conceptuelles, intellectuelles et sociales offre une lecture contextualisée de l’évolution des recherches et permet de mieux comprendre la dynamique et les orientations de la communauté scientifique travaillant sur l’arganier.

Aujourd’hui, la recherche reste principalement orientée vers la valorisation de l’huile, tandis que la durabilité forestière à long terme demeure relativement peu étudiée dans un contexte de changement climatique. Les recherches futures devraient adopter une approche multidisciplinaire intégrant génomique, biotechnologie, innovation en pépinière, génétique moléculaire, outils numériques de suivi et gouvernance socio-institutionnelle.

Parmi les stratégies proposées pour renforcer la résilience des forêts d’arganiers figure la migration assistée, consistant à déplacer intentionnellement l’espèce vers des zones moins affectées par le changement climatique. Toutefois, cette approche néglige le fait que la forêt d’arganier constitue aussi un paysage culturel, témoignant d’une relation ancienne et étroite entre les populations locales et leur environnement.

L’originalité de cette publication réside dans la construction du corpus, la profondeur de l’analyse et l’interprétation scientifique des résultats.

Réf. Timzioura R., Ezzine S., Benomar L., et al., 2025 - Bibliometric Analysis of Argan (Argania spinosa (L.) Skeels) Research: Scientific Trends and Strategic Directions for Climate-Resilient Ecosystem Management. Forests, 16, 892. https://doi.org/10.3390/f16060892

Posté par Jean-Paul Peltier.

[18 févr. 2026] 2000 ans d'histoire de l'utilisation des terres dans le sud-ouest du Maroc

L’étude reconstitue l'histoire de la végétation et des usages des terres au cours des 2000 dernières années dans le sud-ouest du Maroc, à partir d’une approche multi-proxy réalisée sur la carotte sédimentaire GeoB 6008-1 prélevée au large du cap Ghir. Le modèle âge-profondeur de la carotte repose sur 17 datations au Plomb 210 pour les niveaux superficiels et 8 datations au carbone-14C (technique Accelerator Mass Spectrometry) pour les niveaux plus anciens, couvrant l’intervalle chronologique 520 BC à 1977 BD et permettant l’établissement d’un cadre chronologique robuste.

L’étude combine trois types d’analyses. Une analyse palynologique permet de reconstituer l’évolution de l’environnement végétal. Une analyse granulométrique des particules sédimentaires, associée à une modélisation par « end-members » (End-Member Modeling), permet d’identifier l’origine des sédiments (transport fluvial versus éolien). Enfin, une analyse par fluorescence aux rayons X (XRF) permet, grâce au rapport d’intensité Fe/Ca, de comparer les apports terrigènes (Fe) à la production carbonatée marine (Ca), reflétant ainsi les variations environnementales (érosion, crues fluviales, apports de poussières, etc.).

Les résultats montrent qu’entre 650 et 850 BD, le taux de sédimentation augmente nettement (passant d’environ 100 à 300 cm/1000 ans), accompagné d’un doublement du flux pollinique et du ratio Fe/Ca. Ces signaux convergents indiquent une augmentation importante des apports terrestres vers le milieu marin et suggèrent un renforcement des processus d’érosion et de transport fluvial vers l’océan. Parallèlement, des changements marqués sont également observés dans les relevés polliniques : forte augmentation des pollens de Cichorioideae, Artemisia et Plantago, taxons indicateurs de milieux ouverts ou anthropisés, et déclin des pollens de chênes caducifoliés, tandis que les chênes sempervirents présentent des variations plus limitées.

Ces transformations sont interprétées comme résultant d’une intensification des pressions anthropiques, en cohérence avec les dynamiques socio-historiques associées à l’arrivée et la diffusion de l’islam à partir du VIIe siècle, période marquée par une expansion de l’occupation humaine, de l’agriculture et du pastoralisme dans la région. L’accroissement des activités agropastorales, notamment l’élevage caprin, aurait favorisé la dégradation des formations ligneuses et accentué les processus érosifs.

Après 850 BD et jusqu’à aujourd’hui, les indicateurs sédimentaires (taux de sédimentation, Fe/Ca) restent relativement stables, suggérant une variabilité moindre des apports terrigènes. En revanche, les assemblages polliniques continuent de témoigner d’une dégradation de la végétation naturelle avec notamment des signes d’expansion des cultures arborées (olivier, arganier) et l’introduction d’espèces exotiques comme l’eucalyptus au cours des 150 dernières années.

L’ensemble des résultats met en évidence l’impact significatif des dynamiques socio-économiques sur la végétation et l’érosion régionale, perceptibles dans les archives sédimentaires marines.

Ref. McGregor H.V., Dupont L., Stuut J.-B. W & Kuhlmann H., 2009 - Vegetation change, goats, and religion: a 2000-year history of land use in southern Morocco. Quaternary Science Reviews 28, 1434–1448.

Posté par Jean-Paul Peltier.

[13 févr. 2026] Essai de classification des habitats continentaux du Maroc

La classification des habitats continentaux du Maroc proposée dans ce travail constitue une première formalisation systématique d’un référentiel typologique harmonisé à l’échelle nationale. Elle s’inscrit dans le cadre conceptuel de la typologie EUNIS (European Nature Information System), système de classification des habitats naturels, semi-naturels et anthropiques couvrant les milieux terrestres et marins européens. Élaborée par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), la typologie EUNIS poursuit un double objectif : standardiser la description des habitats afin d’en assurer la comparabilité spatiale et soutenir les dispositifs de suivi de la biodiversité et les politiques de conservation.

Toutefois, le transfert direct de ce référentiel au contexte nord-africain se heurte à des limites biogéographiques et écologiques majeures. La présente typologie procède dès lors à une adaptation raisonnée du cadre EUNIS, fondée sur la prise en compte des spécificités climatiques, géomorphologiques et phytogéographiques marocaines. Elle intègre notamment des habitats arides et sahariens dépourvus d’équivalents stricts dans le référentiel européen (arganeraies, steppes arides et sahariennes, formations à thuya, acacia spp. ou euphorbe spp., oasis, chotts et sebkhas désertiques). Elle considère également des unités géomorphologiques structurantes (graras, regs, ergs, lits d’oueds) ainsi que les grands ensembles de végétation décrits pour le Maroc par Ionesco et Sauvage (1962), dont la portée physionomique et écologique demeure déterminante dans l’organisation des paysages.

La typologie repose sur une organisation hiérarchique emboîtée. Le premier niveau correspond aux grands types de milieux (niveau 1, dit niveau supérieur de description). Chaque unité de niveau 1 se subdivise en unités de niveau 2, elles-mêmes déclinées en unités de niveau 3. Cette structuration graduelle permet d’accroître progressivement le degré de précision descriptive et d’affiner la caractérisation écologique des habitats.

Dans le cadre du présent essai, la hiérarchisation ne dépasse pas le troisième niveau. En effet, aux niveaux inférieurs, les critères discriminants deviennent plus spécialisés et mobilisent des référentiels conceptuels qui ne font pas toujours l’objet d’un consensus scientifique. En particulier, la définition d’unités plus fines pourrait reposer sur une approche phytosociologique. Si cette dernière offre une base théorique rigoureuse, son application demeure souvent délicate en contexte opérationnel, en raison de sa technicité et de sa relative difficulté d’appropriation par un public élargi d’acteurs, notamment gestionnaires et praticiens de terrain. Les auteurs ont ainsi privilégié, à ce stade, une approche concertée, laissant ouverte la possibilité d’un approfondissement ultérieur fondé sur les retours d’expérience et l’avis des gestionnaires.

La classification distingue 11 grands types de milieux, dont le degré de résolution varie en fonction de l’état des connaissances disponibles et de la littérature existante. Elle s’appuie sur la tradition phytosociologique marocaine tout en adoptant une structuration compatible avec les standards internationaux. En l’état, cette proposition constitue un cadre de référence opérationnel pour l’identification et la cartographie des habitats continentaux du Maroc. Elle présente une cohérence interne satisfaisante, une solidité conceptuelle défendable et offre une base méthodologique susceptible d’évoluer vers des niveaux de précision plus fins à mesure de l’avancement des connaissances et de la consolidation des consensus scientifiques.

Réf. Sghir Taleb M. & Fennane M., 2025 - Essai de classification des habitats continentaux du Maroc (niveaux hiérarchiques supérieurs et moyens). Université Mohammed V de Rabat, travaux de l’Institut Scientifique, série Générale, n° 10, 122 p.

Posté par Jean-Paul Peltier.

Dernière modification le mercredi 18 mars 2026 à 15h30.