Les plantes exposées à des stress abiotiques tels que la sécheresse, la salinité ou les températures extrêmes produisent en excès des molécules nocives appelées espèces réactives de l’oxygène (ROS, reactive oxygen species). Ces molécules peuvent endommager les protéines, les membranes cellulaires et l’ADN. Pour maintenir l’homéostasie cellulaire, les plantes ont développé des systèmes antioxydants enzymatiques, parmi lesquels les superoxyde dismutases (SOD, superoxide dismutase) jouent un rôle clé. Ces enzymes catalysent la transformation des ROS en composés moins toxiques. Selon le métal cofacteur impliqué, les SOD sont classées en trois groupes principaux : Cu/ZnSOD, FeSOD et MnSOD.
Dans cette étude, les chercheurs ont réalisé une analyse complète du génome de l’arganier afin d’identifier et de caractériser les gènes codant pour les SOD. Au total, neuf gènes SOD ont été identifiés et classés en trois groupes en fonction du métal cofacteur impliqué. Cette classification a été confirmée par l’analyse de leurs structures géniques, de leurs séquences protéiques conservées au cours de l’évolution, essentielles au fonctionnement enzymatique, ainsi que par l’étude des relations phylogénétiques avec les SOD d’autres espèces végétales. Par ailleurs, l’analyse des régions régulatrices de ces gènes a révélé la présence de plusieurs éléments cis-régulateurs associés aux réponses au stress, suggérant un rôle potentiel des gènes SOD dans l’adaptation de l’arganier aux conditions environnementales défavorables.
Enfin, 36 paires d’amorces spécifiques ont été conçues afin de faciliter l’analyse de l’expression de ces gènes lors de futures expériences. Leur efficacité et leur spécificité ont été évaluées par des analyses informatiques (in silico), indiquant des performances satisfaisantes pour des applications ultérieures.
Dans l’ensemble, cette étude fournit une base solide pour une meilleure compréhension du rôle des gènes SOD chez l’arganier. Ces résultats pourraient, à terme, contribuer au développement de plantes plus résistantes au stress, capables de mieux tolérer la sécheresse, la salinité et d’autres contraintes environnementales.
Ref. Chahidi M., El Faqer A., Rabeh K. & Belkadi B., 2025 - Genome-wide survey of superoxide dismutase (SOD) genes in Argania spinosa L., an endemic tree species. Discover Plants (2025) 2:362 – https://doi.org/10.1007/s44372-025-00379-x
Posté par Jean-Paul Peltier.
À l’aide d’une approche métabolomique, cette étude vise à identifier les métabolites présents chez l’arganier et à détecter des biomarqueurs associés au stress hydrique chez deux écotypes adaptés à des conditions environnementales contrastées. Comprendre quels métabolites et quelles voies métaboliques sont mobilisés face à la sécheresse constitue une base scientifique essentielle pour cibler les mécanismes réellement efficaces d’adaptation.
Les graines utilisées proviennent de deux stations distinctes : Aoulouz, située à l’ouest au fond de la plaine du Souss, au pied du Haut Atlas (altitude : 700–850 m ; pluviométrie annuelle moyenne d’environ 232 mm ; températures minimales et maximales moyennes de 5,6 °C et 35,7 °C, respectivement), et Lakhssas, localisée au sud dans la région de Guelmim (altitude : 916–988 m ; pluviométrie annuelle d’environ 189 mm ; températures minimales et maximales moyennes de 7,3 °C et 31,2 °C, respectivement).
L’expérimentation a porté sur douze plants âgés d’un an, cultivés en pots de 15 × 15 cm contenant un subs142trat constitué d’un mélange 4:1 de terre forestière et de tourbe et répartis équitablement entre les deux écotypes et les deux conditions expérimentales (stress hydrique et témoin). L’identification des métabolites a été réalisée à l’aide d’une technique analytique combinant la chromatographie en phase gazeuse à la spectrométrie de masse (GC-MS).
En conditions de stress hydrique, l’analyse statistique (test t, p < 0,05) a permis d’identifier 44 métabolites significativement affectés chez l’écotype Lakhssas et 56 chez l’écotype Aoulouz.
Un diagramme de type volcano plot a ensuite été utilisé afin de distinguer les métabolites surexprimés et sous-exprimés sous stress hydrique. Dans ce graphique, le log₂ du fold change (log₂FC), représentant la variation relative de l’abondance des métabolites entre les conditions stress hydrique et témoin, est porté en abscisse, tandis que l’axe des ordonnées (−log₁₀(p)) indique la significativité statistique. Les métabolites situés à droite du graphique (log₂FC positif) correspondent aux métabolites surexprimés (concentration significativement plus élevée sous stress hydrique par rapport au témoin), tandis que ceux situés à gauche (log₂FC négatif) sont sous-exprimés (concentration diminuée significativement sous stress hydrique par rapport au témoin). Ainsi, 34 métabolites étaient surexprimés et 10 sous-exprimés chez Lakhssas, tandis que chez Aoulouz, 25 métabolites étaient surexprimés et 31 sous-exprimés.
L’importance relative de chaque métabolite a été évaluée à l’aide de l’analyse VIP (Variable Importance in Projection), qui permet, dans un modèle multivarié, d’identifier les composés contribuant le plus à la discrimination entre les deux écotypes. Sur cette base, vingt métabolites présentant un score VIP ≥ 1, indicatif d’une contribution significative, ont été sélectionnés.
Les analyses en composantes principales (PCA) et les analyses discriminantes par moindres carrés partiels orthogonaux (OPLS-DA) ont révélé une séparation nette entre les échantillons témoins et ceux soumis au stress hydrique. En s’appuyant sur l’importance des variables dans les scores de projection ainsi que sur les analyses des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic), dix biomarqueurs potentiels de tolérance à la sécheresse ont été identifiés.
Chez l’écotype Aoulouz, deux métabolites surexprimés, M65 (lupéol) et M102 (octadécane), ainsi que trois métabolites sous-exprimés, M108 (octacosane), M123 (5-octadécène, E) et M200 (ester diéthylique de l’acide 4-nitrobenzylidènemalonique), se sont révélés déterminants. En revanche, l’écotype Lakhssas présentait cinq biomarqueurs surexprimés : M6 (ester méthylique de l’acide hexadécanoïque), M54 (1,3,6,10-cyclotétradécatétraène, 3,7,11-triméthyl-14-(1-méthyléthyl)), M88, M91 et M142.
Les métabolites M65 et M102 chez Aoulouz contribueraient probablement au renforcement de l’intégrité cuticulaire et à l’atténuation des réponses au stress oxydatif. À l’inverse, la surexpression de M6 et M54 chez Lakhssas suggère une adaptation reposant davantage sur la signalisation lipidique et le métabolisme énergétique. Toutefois, cet écotype pourrait se révéler moins résilient face à une sécheresse prolongée, en raison d’une plus forte capacité de réallocation métabolique.
En conclusion, l’étude montre que les deux écotypes adoptent des stratégies distinctes : l’écotype Aoulouz développe une tolérance durable via le renforcement de la cuticule et une meilleure gestion du stress oxydatif et l’écotype Lakhssas mise sur des ajustements métaboliques transitoires. Ces résultats sont précieux car ils relient des signatures métaboliques mesurables à des stratégies physiologiques efficaces, ouvrant ainsi la voie à des applications concrètes en amélioration des plantes et en agriculture durable face au stress hydrique.
Réf. Rabeh K., Farid Rachidi F., Sbabou L. et al.,2025 - Potential metabolite biomarkers of drought tolerance in contrasting Sideroxylon spinosum L. ecotypes using a metabolomic approach. J. Sci. Food Agric. (wileyonlinelibrary.com) DOI 10.1002/jsfa.70365
Posté par Jean-Paul Peltier.
Cette analyse bibliométrique vise à dresser un état des connaissances scientifiques actuelles sur l’arganier. À partir de quatre mots-clés (arganeraie, arganier, Argania spinosa et huile), combinés à des opérateurs booléens (ET, OU, NON), les bases de données Web of Science et Scopus ont été explorées. La période étudiée a été restreinte à 1992-2024, les publications antérieures à 1992 étant trop peu nombreuses pour être significatives.
Plus précisément, l’analyse porte sur l’ensemble de la littérature scientifique relative à l’huile d’argan — qu’il s’agisse de ses usages nutritionnels, cosmétiques ou médicinaux — ainsi que sur la biologie, l’écologie et les enjeux de conservation de l’arganier. Elle concerne également les applications de la télédétection pour la cartographie et le suivi spatio-temporel de l’arganeraie. L’objectif final est de mettre en lumière les pratiques de gestion durable existantes et d’identifier les principaux défis à venir.
L’analyse quantitative de la production scientifique a été réalisée à l’aide du logiciel Bibliometrix et de son interface Biblioshiny, des outils performants basés sur le langage R permettant d’examiner la structure, l’évolution et les dynamiques d’un champ de recherche grâce à des méthodes avancées d’analyse et de visualisation de réseaux. La construction et la représentation des réseaux (co-occurrence de mots-clés, collaboration entre auteurs, co-citations, citations) ont été effectuées avec le logiciel VOSviewer.
La première étape de l’analyse a porté sur la littérature scientifique consacrée à l’huile d’argan. Entre 1992 et mai 2024, six cents contributions ont été recensées. L’examen de la co-occurrence des 2 678 mots-clés issus de ce corpus fait apparaître trois ensembles thématiques fortement liés entre eux. Le premier groupe (16 éléments) porte sur les effets de l’huile d’argan sur la santé et regroupe des notions telles que « composés phénoliques » ou « stress oxydatif ».Le deuxième (également 16 éléments) concerne l’évaluation de la qualité de l’huile et ses implications sanitaires, avec des mots-clés comme « adultération » ou « tocophérol ». Le troisième (11 éléments) renvoie aux caractéristiques botaniques de l’arganier et à son rôle écologique au Maroc.
L’analyse des six cents publications met en évidence une croissance marquée de la production scientifique à partir de 2009, ainsi que la diversité des contributeurs, des pôles de recherche et des réseaux de collaboration. Sans surprise, le Maroc – où l’arganier est une espèce endémique – occupe la position de leader dans ce domaine. Les institutions marocaines entretiennent par ailleurs de nombreux partenariats avec des établissements français et allemands.
La deuxième phase de l’analyse porte sur les travaux dédiés à l’écologie et à la physiologie de l’arganier. Entre 1992 et 2024, trois cent quatre-vingt-dix contributions ont été recensées. L’examen du réseau de co-occurrence des 134 mots-clés les plus utilisés dans cette littérature fait ressortir sept grands axes de recherche : les propriétés biochimiques, moléculaires et biologiques des composés de l’arganier ; les dimensions écologiques, physiologiques et de conservation ; l’écologie, la gestion et les usages ; les réponses physiologiques au stress abiotique ; la croissance et le développement ; la génétique, l’écologie et la biologie évolutive ; ainsi que les processus environnementaux et les stratégies de gestion.
Ces dernières années, l’intégration de techniques avancées de télédétection et d’apprentissage automatique, s’appuyant sur l’imagerie satellitaire multi-sources, a nettement amélioré la cartographie et le suivi des arganeraies, contribuant ainsi à la conservation et à la gestion durable de cet écosystème forestier.
Réf. El Moussaoui EH., Moumni A., Khabba S. et al., 2025 Bibliometric and review analysis of argan trees studies: global research trends and challenges. Agroforest Syst, 99:132 https://doi.org/10.1007/s10457-025-01228-2
Posté par Jean-Paul Peltier.
L’étude présente de nouvelles données sur les occurrences d'espèces du genre Oenothera au Maroc, en mettant en lumière les difficultés d’identification liées à la forte ressemblance morphologique entre les taxons. Pour la première fois Oenothera laciniata est signalé dans le pays, tandis que la présence de Oenothera indecora et de Oenothera drummondii est confirmée dans les provinces de Kénitra et de Tétouan, respectivement. A noter, que cette dernière espèce avait été précédemment confondue avec Oenothera biennis. Ces trois taxons d’origine américaine, rares au Maroc, ont été observés dans des milieux sableux littoraux. Par ailleurs, il est montré que Oenothera lindheimeri, une espèce cultivée à des fins ornementales, s'échappe sporadiquement des zones de culture. Pour faciliter une identification précise, cet article propose des descriptions morphologiques détaillées, accompagnées d’illustrations, d’une comparaison avec les espèces apparentées et une clé dichotomique actualisée du genre Oenothera au Maroc.
Réf. Homrani Bakali A. & Khamar H., 2025 New records and floristic notes on the genus Oenothera (Onagraceae) in Morocco. – Botanica, 31(4): 142–154. https://doi.org/10.35513/Botlit.2025.4.1
Posté par Jean-Paul Peltier.
La publication étudie la position de Nepeta nepetoides au sein de la famille des Lamiaceae. A cette fin, des analyses phylogénétiques moléculaires ont été conduites à partir de plusieurs marqueurs représentatifs de différents compartiments génomiques : quatre marqueurs de l’ADN chloroplastique (ycf1, les espaceurs ycf1–rps15, trnL–trnF et rpl32–trnL), deux marqueurs de l’ADN ribosomique nucléaire (ITS et ETS), ainsi qu’un gène nucléaire à faible nombre de copies (PPR-AT3G09060). Ces marqueurs, couramment employés dans les études phylogénétiques des plantes vasculaires, se sont révélés particulièrement pertinents pour analyser les relations entre espèces ou genres étroitement apparentés.
Les résultats obtenus à partir des trois ensembles de données sont concordants : les quatre populations de Nepeta nepetoides analysées forment un clade bien distinct, frère des autres représentants de la sous-tribu des Menthinae, et non de celle des Nepetinae. Par conséquent, cette espèce ne doit plus être classée dans le genre , mais dans le genre Pitardia.
Morphologiquement, le genre Pitardia se distingue du genre Nepeta par plusieurs caractères : deux étamines et pas de staminodes (quatre étamines chez Nepeta), tube du calice à 10 nervures (généralement 15 (13–17) chez Nepeta) et lobe médian de la lèvre inférieure de la corolle convexe et entier (généralement crénelé chez Nepeta).
Pitardia nepetoides Batt. ex Pit. est rétabli, son lectotype désigné, Pitardia caerulescens Maire et Pitardia gracilis Andr. mis en synonymie.
Ref. Homrani Bakali A., Dirmenci T., Celep F. & Drew B.T., 2025 - Pitardia resurrected: A new member of subtribe Menthinae (Lamiaceae). Taxon, https://doi.org/10.1002/tax.70053
Posté par Jean-Paul Peltier.
Dernière modification le vendredi 9 janvier 2026 à 16h20.