Actualités du site teline.fr (biodiversité végétale du sud-ouest marocain) Actualités du site teline.fr consacré à la flore et aux groupements végétaux du sud-ouest marocain. https://www.teline.fr/fr Wed, 12 Aug 2026 21:34:58 +0200 <![CDATA[Petits vers, grands équilibres : les nématodes du sol face au gradient de continentalité dans l'arganeraie]]> Cette étude analyse l'abondance, la diversité, la structure trophique, les indices écologiques et les traits fonctionnels des communautés de nématodes le long d'un gradient de continentalité au sein de la Réserve de biosphère de l'arganeraie marocaine. Au total, 130 échantillons de sol ont été collectés dans trois zones bioclimatiques distinctes : insulaire, côtière et semi-continentale.

Les nématodes bactérivores constituent le groupe trophique le plus abondant dans toutes les zones, suivis par les herbivores, les fongivores, les omnivores et les prédateurs. À l'échelle des groupes trophiques, la zone insulaire se distingue par une meilleure représentation de quatre groupes (bactérivores, herbivores, fongivores, omnivores-prédateurs), dont les proportions y sont plus élevées que dans les zones côtière et semi-continentale — une composition fonctionnelle plus diversifiée, à ne pas confondre avec l'équitabilité entre taxons, qui suit une tendance inverse (voir plus bas).

L'abondance totale et la richesse taxonomique des nématodes sont significativement plus élevées dans la zone insulaire. En revanche, les indices de diversité de Shannon (mesure de la biodiversité du milieu) et de Simpson (mesure de la dominance) ne montrent pas de différences significatives entre zones. Ce résultat suggère que l'augmentation de la richesse en zone insulaire est compensée par une distribution moins équitable des abondances entre taxons : la quantité globale et le nombre de taxons diminuent avec la continentalité, mais la structure globale de diversité reste relativement stable, tandis que la répartition relative des espèces, elle, varie nettement.

Cette compensation se confirme avec l'indice d'équitabilité de Pielou, significativement plus faible en zone insulaire (0,71) qu'en zones côtière (0,81) et semi-continentale (0,77 ; F = 18,73, p < 0,001). Autrement dit, si la zone insulaire héberge davantage de groupes trophiques et de taxons, ces taxons y sont dominés par quelques espèces particulièrement abondantes — contrairement aux zones côtière et semi-continentale, où les communautés, moins riches, sont réparties plus uniformément entre espèces.

L'analyse par ordination non métrique (NMDS) met en évidence une structuration géographique significative des communautés trophiques le long du gradient de continentalité, avec une différenciation nette de la zone côtière, caractérisée par une forte variabilité inter-sites et une proportion élevée de fongivores, de prédateurs et d'omnivores. Les zones insulaire et semi-continentale présentent des structures plus proches l'une de l'autre. L'analyse en composantes principales (PCA) confirme ces tendances : les fongivores et les prédateurs contribuent le plus à la différenciation entre zones, tandis que les bactérivores, dominants partout, sont distribués de manière relativement homogène.

Les valeurs de Community-Weighted Mean (CWM) du poids corporel, indicatrices de la structure de taille des communautés, sont systématiquement plus élevées dans la zone insulaire pour l'ensemble des groupes trophiques ; les zones côtière et semi-continentale présentent des valeurs plus faibles et similaires entre elles. Une tendance comparable est observée pour l'efficacité d'utilisation du carbone (CUE), plus élevée en zone insulaire pour la plupart des groupes, à l'exception des herbivores, pour lesquels aucune différence significative n'est observée. Ces valeurs de CUE restent néanmoins globalement faibles (< 0,5) dans toutes les zones, ce qui suggère une allocation importante de l'énergie à la respiration plutôt qu'à la croissance — un signe possible de stress environnemental, notamment thermique, ou de stratégies métaboliques adaptées aux conditions locales.

L'analyse des réponses environnementales indique que la biomasse et la productivité des nématodes diminuent progressivement avec l'augmentation de la continentalité. L'activité métabolique des principaux groupes trophiques est maximale en zone insulaire, intermédiaire en zone côtière et minimale en zone semi-continentale. L'amplitude thermique apparaît comme un facteur de stress majeur, avec une corrélation négative entre les variations de température et l'activité métabolique : les herbivores y sont les plus sensibles, suivis des bactérivores, des fongivores, puis des prédateurs.

Enfin, les analyses reliant les propriétés du sol aux communautés de nématodes montrent que leur abondance est favorisée par des conditions chaudes et par une humidité édaphique élevée, ainsi que par des niveaux adéquats de pH, d'azote et de calcaire. À l'inverse, des concentrations élevées en métaux (cuivre, zinc, manganèse) sont associées à une diminution de leur abondance. Une relation négative est également observée avec l'altitude et les précipitations — un résultat en apparence contre-intuitif au regard du lien positif avec l'humidité du sol, qui pourrait s'expliquer par des effets indirects tels que le lessivage des nutriments en altitude ou des conditions d'hypoxie liées à un excès d'eau. La diversité de la communauté et l'efficacité d'utilisation du carbone apparaissent en revanche peu influencées par ces paramètres édaphiques.

Dans l'ensemble, ces résultats confirment que l'augmentation de la continentalité s'accompagne d'une diminution de l'abondance et de la richesse des nématodes, ainsi que de modifications de la structure fonctionnelle et des équilibres écologiques au sein des communautés — sans altération majeure des indices globaux de diversité, mais avec un déplacement net vers une plus grande dominance de certains taxons en zone insulaire.

Réf. Braimin A., Benjlil H., Filali Alaoui I. et al., 2026 - Soil Nematode-Mediated Carbon and Energy Fluxes Along a Continental Gradient in Arid Ecosystems. Soil Syst. 2026, 10, 73 - https://doi.org/10.3390/soilsystems10070073

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https://www.teline.fr/fr/actualites/article/63 Thu, 16 Jul 2026 00:00:00 +0200
<![CDATA[Le microbiome de l’arganier : des alliés invisibles pour un arbre résilient, potentiel inexploré pour l’agroécologie et la biotechnologie]]> Cette synthèse résume les connaissances actuelles sur les micro-organismes (bactéries, champignons et levures) vivant en association avec l’arganier et met en lumière leurs rôles clés pour la santé de l’arbre et son environnement, que ce soit en milieu naturel ou en pépinière.

Les acteurs du microbiome de l’arganier,

Bactéries : certaines, appelées PGPR, (pour Plant Growth-Promoting Rhizobacteria), bactéries favorisant la croissance des plantes, sont dominées par le genre Streptomyces. Elles aident l’arganier à absorber le phosphore (un nutriment essentiel) présent dans le sol, réguler ses hormones pour une meilleure croissance, lutter contre les maladies (biocontrôle) et produire des composés utiles pour l’industrie, comme des alternatives écologiques aux plastiques (le polyhydroxybutyrate)

Communautés fongiques : dominées par les champignons mycorhiziens arbusculaires (champignons en symbiose avec les racines) qui améliorent l'absorption du phosphore et aident l’arbre à résister à la sécheresse. Elles intègrent aussi des Ascomycètes endophytes source de composés bioactifs (antioxydants, antifongiques) et des champignons entomopathogènes qui protègent l’arganier des insectes nuisibles (biocontrôle).

Levures : bien que moins documentées, elles pourraient posséder des caractéristiques métaboliques inexplorées, avec des applications dans les procédés agroalimentaires (texturants, émulsifiants, arômes) et biotechnologiques.

L’étude souligne également que la perception de la diversité microbienne est fortement influencée à la fois par l’environnement d’isolement et par les méthodes d’identification, allant des techniques basées sur la culture au séquençage haut débit et à la métagénomique.

Elle conclut que la compréhension du microbiome de l’arganier offre des perspectives majeures pour la restauration durable des arganeraies, le développement d'une agriculture résiliente face au changement climatique et l'innovation biotechnologique.

Réf. Taqarort N., Sadik S., Bouharroud R. & Qessaoui R. 2026 - Microbial diversity associated with the argan tree and its functional and biotechnological potential. Discover Plants (2026) 3:89 https://doi.org/10.1007/s44372-026-00571-7

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https://www.teline.fr/fr/actualites/article/62 Mon, 22 Jun 2026 00:00:00 +0200
<![CDATA[Le génome chloroplastique complet d’Euphorbia resinifera séquencé !]]> Le génome chloroplastique (plastome) d’Euphorbia resinifera a été séquencé à partir de l’ADN extrait de 5-10 épines stipulaires (correspondant à environ 20 mg de tissu congelé) de ses tiges tétragones (rarement trigones) pour éviter d’endommager les euphorbes par la coupe des tiges.

Les banques d’ADN, préparées avec le kit NEBNext Ultra II FS DNA Library Prep (New England Biolabs), ont été séquencées sur une plateforme Illumina NovaSeq 6000 (cellule de flux S2). Après un nettoyage des séquences brutes via Trimmomatic (v0.39) et un contrôle qualité par FastQC (v0.12.1), le plastome a été assemblé de novo avec le logiciel NOVOPlasty (v4.3.5), en utilisant le gène rbcL d’Euphorbia ampliphylla comme amorce. Cet assemblage a été validé de manière comparative à l'aide de GetOrganelle (v1.7.7.0).

L’annotation et l’analyse génomique ont été réalisées via GeSeq (v2.03) et CPGAVAS2, tandis qu’OGDRAW a permis de générer la carte circulaire standardisée du génome.

Le plastome complet d’Euphorbia resinifera est une molécule d’ADN circulaire de 163 065 paires de bases (pb) présentant une teneur en guanine-cytosine (GC) de 35,11 % et 96 loci SSR (Simple Sequence Repeat). Il possède la structure quadripartite typique des Angiospermes, composée d’une grande région à copie unique (LSC) de 91 462 pb (32,06 % GC), d’une petite région à copie unique (SSC) de 18 285 pb (29,13 % GC) et de deux répétitions inversées (IR) de 26 659 pb chacune (42,39 % GC). L'analyse détaille également le nombre, la nature des motifs et la distribution de ces SSR, marqueurs clés de la diversité génétique.

Le génome totalise 132 gènes annotés, incluant 87 gènes codant pour des protéines, 37 gènes d’ARNt et 8 gènes d’ARNr, répartis à raison de 82 gènes dans la région LSC, 12 dans la SSC et 19 dans chaque région IR.

Cette étude fournit le premier génome chloroplastique séquencé parmi les trois espèces d’euphorbes cactiformes endémiques du Maroc.

Réf. Taha A., Rabeh K., Lamara M., et al., 2026 - Complete chloroplast genome of Euphorbia resinifera: overcoming biogeographical bias in phylogenetic inference and establishing a conservation genomics framework for threatened North-West African cactiform species. Front. Plant Sci. 17:1785579. doi: 10.3389/fpls.2026.1785579

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https://www.teline.fr/fr/actualites/article/61 Sun, 07 Jun 2026 00:00:00 +0200
<![CDATA[Accumulation du carbone en milieux arides : le rôle des vergers d’arganiers extensifs]]> Des vergers d’arganiers (âgés de 2 à 10 ans) conduits en système extensif dans la réserve de biosphère de l’arganeraie ont été étudiés afin d’évaluer les stocks de carbone des principales composantes de l’écosystème (biomasse aérienne des arganiers, litière foliaire, végétation herbacée et sol). L’étude, menée sur six sites entre 2021 et 2023, a combiné des mesures morpho-physiologiques et dendrométriques avec une modélisation par équations structurelles pour analyser les interactions entre compartiments. Les stocks de carbone ont été estimés selon les directives du GIEC (2006, révisées en 2019).

Les résultats montrent une augmentation du stock de carbone de la biomasse des arganiers avec l’âge (0,003 à 1,938 t C ha⁻¹ entre 2 et 10 ans). Les contributions de la litière (0,36–8,51 kg C ha⁻¹) et de la biomasse herbacée (0–0,56 t C ha⁻¹) restent limitées. Le sol constitue le principal réservoir de carbone, avec des stocks variant de 10,12 à 80,5 t C ha⁻¹ (0–30 cm) et de 8,49 à 75,94 t C ha⁻¹ (30–60 cm).

Ces résultats mettent en évidence le rôle dominant du sol dans la séquestration du carbone et soulignent le potentiel de l’arganiculture extensive pour la restauration des écosystèmes et l’atténuation du changement climatique. Ils confirment également l’intérêt d’intégrer ces systèmes dans les stratégies climatiques nationales et les mécanismes de valorisation carbone, notamment en zones arides.

Réf. Oumasst A., Tiouidji F. E., Chabbi N. ,et al.2026 - Evaluating the dynamics of carbon accumulation in extensive argan orchard ecosystems in arid regions. Ecological Processes (2026) 15:6 - https://doi.org/10.1186/s13717-025-00666-1

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https://www.teline.fr/fr/actualites/article/60 Wed, 18 Mar 2026 00:00:00 +0100
<![CDATA[Le peuplement à arganier de la haute vallée de l’oued Grou]]> L’étude a pour objectif de cartographier, à l’aide d’images satellitaires à très haute résolution spatiale, la formation à arganier située dans la haute vallée de l’oued Grou. Ce peuplement correspond à une population disjointe localisée à environ 400 km au nord de l’aire principale de répartition de l’arganier. Il est considéré comme un site d’intérêt biologique et écologique et a été identifié comme prioritaire pour la mise en œuvre de mesures de conservation et de valorisation.

La zone d’étude est caractérisée par un bioclimat semi-aride à hivers tempérés, avec des précipitations annuelles estimées entre 400 et 450 mm.

Dans l’ensemble, l’arganeraie se présente sous la forme d’un matorral dégradé sous l’effet combiné des coupes de bois et du surpâturage. Elle comprend environ 775 pieds d’arganiers dispersés sur une zone à vocation sylvo-pastorale de 1200 ha, située entre 200 et 600 m d’altitude.

La majorité des arganiers se développe sur des versants très escarpés, exposés au sud ou au sud-ouest, sur des substrats schisteux paléozoïques caractérisés par des sols peu développés. Les arganiers y sont principalement associés au sumac à cinq feuilles (Rhus pentaphylla).

Quelques individus sont également observés en ubac. Cependant, sur ces versants, où les sols sont généralement plus profonds et mieux développés, la formation végétale dominante correspond à des boisements de thuya (Tetraclinis articulata), d’oléastre (Olea europaeasubsp. europaea) et de lentisque (Pistacia lentiscus).

À ce jour, ce site n’a jamais fait l’objet d’un plan de gestion. Cette absence de mesures d’aménagement explique en partie le degré de dégradation observé, près de 68 % de la surface étant actuellement occupée par des sols nus.

Il convient de rappeler que la présence de l’arganier dans la vallée de l’oued Grou a été signalée pour la première fois par Emberger en 1924. Par ailleurs, l’étude du génome chloroplastique de l’arganier a montré que ces peuplements résulteraient d’une dispersion relativement récente, probablement d’origine anthropique (El Mousadik & Petit, 1996).

Réf. Sahel Y., Dellahi Y. & Chahhou D., 2022 Mapping the Site of Biological and Ecological Interest of Rganat-Bouchkal (Tsili) Argan forest (Moroccan Central Plateau) using remote sensing. IOP Conf. Ser.: Earth Environ. Sci. 1090 012001

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https://www.teline.fr/fr/actualites/article/59 Tue, 10 Mar 2026 00:00:00 +0100
<![CDATA[Cartographie scientifique de la recherche sur l’arganier : une analyse bibliométrique globale]]> Cette étude présente une analyse bibliométrique de 926 publications scientifiques consacrées à Argania spinosa, extraites de la base Scopus et couvrant la période 1897-2024. Elle constitue la première investigation englobant l’ensemble des thèmes de recherche liés à l’arganier. La sélection du corpus et la stratégie de recherche ont été réalisées selon les recommandations PRISMA 2020.

L’approche méthodologique repose sur l’utilisation du package Bibliometrix et du logiciel VOSviewer, devenus depuis la fin des années 2010 des outils de référence pour l’évaluation des performances scientifiques, l’analyse des réseaux de collaboration et la visualisation des cooccurrences de mots-clés.

Les premiers écrits sur l’arganier remontent au XIIᵉ siècle et sont attribués aux érudits arabes andalous, mais la recherche scientifique est restée limitée jusqu’aux années 1990. Entre 1996 et 2021, la production scientifique augmente progressivement, en lien avec le développement du secteur de l’huile d’argan et sa valorisation économique, notamment en médecine, phytothérapie et cosmétique. Cette dynamique s’explique aussi par la création de coopératives féminines, les programmes internationaux de développement, diverses certifications (réserve de biosphère de l’UNESCO, patrimoine culturel immatériel), le renforcement des politiques publiques, l’apport de financements nationaux et internationaux et l’organisation de congrès scientifiques. L’intérêt industriel et la demande internationale stimulent les recherches sur la chimie, la génétique, la domestication et les propriétés biologiques de l’arganier. La période 2021-2024 montre toutefois un recul récent des publications, probablement lié aux effets de la pandémie de COVID-19, aux contraintes financières et aux conditions climatiques défavorables.

Les analyses de réseaux mettent en évidence la structure intellectuelle et sociale de la recherche (auteurs, domaines, sources, pays et collaborations).

L’analyse de cooccurrence des quatre-vingt-huit mots-clés émergents identifie deux grands ensembles thématiques. Le premier concerne les recherches sur l’huile d’argan : composition chimique, techniques d’extraction, rôle des composés phénoliques dans la tolérance au stress hydrique, variation des acides gras et composés phénoliques entre variétés d’arganier, ainsi que propriétés antioxydantes et effets sur la santé humaine. Le second ensemble traite de la conservation et du reboisement des forêts d’arganiers et de leur adaptation au changement climatique. Les publications abordent notamment les initiatives de conservation, les plantations, la diversité génétique, les techniques de germination et la valorisation des sous-produits tels que les coques d’argan.

L’analyse croisée des structures conceptuelles, intellectuelles et sociales offre une lecture contextualisée de l’évolution des recherches et permet de mieux comprendre la dynamique et les orientations de la communauté scientifique travaillant sur l’arganier.

Aujourd’hui, la recherche reste principalement orientée vers la valorisation de l’huile, tandis que la durabilité forestière à long terme demeure relativement peu étudiée dans un contexte de changement climatique. Les recherches futures devraient adopter une approche multidisciplinaire intégrant génomique, biotechnologie, innovation en pépinière, génétique moléculaire, outils numériques de suivi et gouvernance socio-institutionnelle.

Parmi les stratégies proposées pour renforcer la résilience des forêts d’arganiers figure la migration assistée, consistant à déplacer intentionnellement l’espèce vers des zones moins affectées par le changement climatique. Toutefois, cette approche néglige le fait que la forêt d’arganier constitue aussi un paysage culturel, témoignant d’une relation ancienne et étroite entre les populations locales et leur environnement.

L’originalité de cette publication réside dans la construction du corpus, la profondeur de l’analyse et l’interprétation scientifique des résultats.

Réf. Timzioura R., Ezzine S., Benomar L., et al., 2025 - Bibliometric Analysis of Argan (Argania spinosa (L.) Skeels) Research: Scientific Trends and Strategic Directions for Climate-Resilient Ecosystem Management. Forests, 16, 892. https://doi.org/10.3390/f16060892

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https://www.teline.fr/fr/actualites/article/58 Sun, 08 Mar 2026 00:00:00 +0100
<![CDATA[2000 ans d'histoire de l'utilisation des terres dans le sud-ouest du Maroc]]> L’étude reconstitue l'histoire de la végétation et des usages des terres au cours des 2000 dernières années dans le sud-ouest du Maroc, à partir d’une approche multi-proxy réalisée sur la carotte sédimentaire GeoB 6008-1 prélevée au large du cap Ghir. Le modèle âge-profondeur de la carotte repose sur 17 datations au Plomb 210 pour les niveaux superficiels et 8 datations au carbone-14C (technique Accelerator Mass Spectrometry) pour les niveaux plus anciens, couvrant l’intervalle chronologique 520 BC à 1977 BD et permettant l’établissement d’un cadre chronologique robuste.

L’étude combine trois types d’analyses. Une analyse palynologique permet de reconstituer l’évolution de l’environnement végétal. Une analyse granulométrique des particules sédimentaires, associée à une modélisation par « end-members » (End-Member Modeling), permet d’identifier l’origine des sédiments (transport fluvial versus éolien). Enfin, une analyse par fluorescence aux rayons X (XRF) permet, grâce au rapport d’intensité Fe/Ca, de comparer les apports terrigènes (Fe) à la production carbonatée marine (Ca), reflétant ainsi les variations environnementales (érosion, crues fluviales, apports de poussières, etc.).

Les résultats montrent qu’entre 650 et 850 BD, le taux de sédimentation augmente nettement (passant d’environ 100 à 300 cm/1000 ans), accompagné d’un doublement du flux pollinique et du ratio Fe/Ca. Ces signaux convergents indiquent une augmentation importante des apports terrestres vers le milieu marin et suggèrent un renforcement des processus d’érosion et de transport fluvial vers l’océan. Parallèlement, des changements marqués sont également observés dans les relevés polliniques : forte augmentation des pollens de Cichorioideae, Artemisia et Plantago, taxons indicateurs de milieux ouverts ou anthropisés, et déclin des pollens de chênes caducifoliés, tandis que les chênes sempervirents présentent des variations plus limitées.

Ces transformations sont interprétées comme résultant d’une intensification des pressions anthropiques, en cohérence avec les dynamiques socio-historiques associées à l’arrivée et la diffusion de l’islam à partir du VIIe siècle, période marquée par une expansion de l’occupation humaine, de l’agriculture et du pastoralisme dans la région. L’accroissement des activités agropastorales, notamment l’élevage caprin, aurait favorisé la dégradation des formations ligneuses et accentué les processus érosifs.

Après 850 BD et jusqu’à aujourd’hui, les indicateurs sédimentaires (taux de sédimentation, Fe/Ca) restent relativement stables, suggérant une variabilité moindre des apports terrigènes. En revanche, les assemblages polliniques continuent de témoigner d’une dégradation de la végétation naturelle avec notamment des signes d’expansion des cultures arborées (olivier, arganier) et l’introduction d’espèces exotiques comme l’eucalyptus au cours des 150 dernières années.

L’ensemble des résultats met en évidence l’impact significatif des dynamiques socio-économiques sur la végétation et l’érosion régionale, perceptibles dans les archives sédimentaires marines.

Ref. McGregor H.V., Dupont L., Stuut J.-B. W & Kuhlmann H., 2009 - Vegetation change, goats, and religion: a 2000-year history of land use in southern Morocco. Quaternary Science Reviews 28, 1434–1448.

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https://www.teline.fr/fr/actualites/article/57 Wed, 18 Feb 2026 00:00:00 +0100
<![CDATA[Essai de classification des habitats continentaux du Maroc]]> La classification des habitats continentaux du Maroc proposée dans ce travail constitue une première formalisation systématique d’un référentiel typologique harmonisé à l’échelle nationale. Elle s’inscrit dans le cadre conceptuel de la typologie EUNIS (European Nature Information System), système de classification des habitats naturels, semi-naturels et anthropiques couvrant les milieux terrestres et marins européens. Élaborée par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), la typologie EUNIS poursuit un double objectif : standardiser la description des habitats afin d’en assurer la comparabilité spatiale et soutenir les dispositifs de suivi de la biodiversité et les politiques de conservation.

Toutefois, le transfert direct de ce référentiel au contexte nord-africain se heurte à des limites biogéographiques et écologiques majeures. La présente typologie procède dès lors à une adaptation raisonnée du cadre EUNIS, fondée sur la prise en compte des spécificités climatiques, géomorphologiques et phytogéographiques marocaines. Elle intègre notamment des habitats arides et sahariens dépourvus d’équivalents stricts dans le référentiel européen (arganeraies, steppes arides et sahariennes, formations à thuya, acacia spp. ou euphorbe spp., oasis, chotts et sebkhas désertiques). Elle considère également des unités géomorphologiques structurantes (graras, regs, ergs, lits d’oueds) ainsi que les grands ensembles de végétation décrits pour le Maroc par Ionesco et Sauvage (1962), dont la portée physionomique et écologique demeure déterminante dans l’organisation des paysages.

La typologie repose sur une organisation hiérarchique emboîtée. Le premier niveau correspond aux grands types de milieux (niveau 1, dit niveau supérieur de description). Chaque unité de niveau 1 se subdivise en unités de niveau 2, elles-mêmes déclinées en unités de niveau 3. Cette structuration graduelle permet d’accroître progressivement le degré de précision descriptive et d’affiner la caractérisation écologique des habitats.

Dans le cadre du présent essai, la hiérarchisation ne dépasse pas le troisième niveau. En effet, aux niveaux inférieurs, les critères discriminants deviennent plus spécialisés et mobilisent des référentiels conceptuels qui ne font pas toujours l’objet d’un consensus scientifique. En particulier, la définition d’unités plus fines pourrait reposer sur une approche phytosociologique. Si cette dernière offre une base théorique rigoureuse, son application demeure souvent délicate en contexte opérationnel, en raison de sa technicité et de sa relative difficulté d’appropriation par un public élargi d’acteurs, notamment gestionnaires et praticiens de terrain. Les auteurs ont ainsi privilégié, à ce stade, une approche concertée, laissant ouverte la possibilité d’un approfondissement ultérieur fondé sur les retours d’expérience et l’avis des gestionnaires.

La classification distingue 11 grands types de milieux, dont le degré de résolution varie en fonction de l’état des connaissances disponibles et de la littérature existante. Elle s’appuie sur la tradition phytosociologique marocaine tout en adoptant une structuration compatible avec les standards internationaux. En l’état, cette proposition constitue un cadre de référence opérationnel pour l’identification et la cartographie des habitats continentaux du Maroc. Elle présente une cohérence interne satisfaisante, une solidité conceptuelle défendable et offre une base méthodologique susceptible d’évoluer vers des niveaux de précision plus fins à mesure de l’avancement des connaissances et de la consolidation des consensus scientifiques.

Réf. Sghir Taleb M. & Fennane M., 2025 - Essai de classification des habitats continentaux du Maroc (niveaux hiérarchiques supérieurs et moyens). Université Mohammed V de Rabat, travaux de l’Institut Scientifique, série Générale, n° 10, 122 p.

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https://www.teline.fr/fr/actualites/article/56 Fri, 13 Feb 2026 00:00:00 +0100
<![CDATA[Neuf gènes SOD identifiés chez l’arganier]]> Les plantes exposées à des stress abiotiques tels que la sécheresse, la salinité ou les températures extrêmes produisent en excès des molécules nocives appelées espèces réactives de l’oxygène (ROS, reactive oxygen species). Ces molécules peuvent endommager les protéines, les membranes cellulaires et l’ADN. Pour maintenir l’homéostasie cellulaire, les plantes ont développé des systèmes antioxydants enzymatiques, parmi lesquels les superoxyde dismutases (SOD, superoxide dismutase) jouent un rôle clé. Ces enzymes catalysent la transformation des ROS en composés moins toxiques. Selon le métal cofacteur impliqué, les SOD sont classées en trois groupes principaux : Cu/ZnSOD, FeSOD et MnSOD.

Dans cette étude, les chercheurs ont réalisé une analyse complète du génome de l’arganier afin d’identifier et de caractériser les gènes codant pour les SOD. Au total, neuf gènes SOD ont été identifiés et classés en trois groupes en fonction du métal cofacteur impliqué. Cette classification a été confirmée par l’analyse de leurs structures géniques, de leurs séquences protéiques conservées au cours de l’évolution, essentielles au fonctionnement enzymatique, ainsi que par l’étude des relations phylogénétiques avec les SOD d’autres espèces végétales. Par ailleurs, l’analyse des régions régulatrices de ces gènes a révélé la présence de plusieurs éléments cis-régulateurs associés aux réponses au stress, suggérant un rôle potentiel des gènes SOD dans l’adaptation de l’arganier aux conditions environnementales défavorables.

Enfin, 36 paires d’amorces spécifiques ont été conçues afin de faciliter l’analyse de l’expression de ces gènes lors de futures expériences. Leur efficacité et leur spécificité ont été évaluées par des analyses informatiques (in silico), indiquant des performances satisfaisantes pour des applications ultérieures.

Dans l’ensemble, cette étude fournit une base solide pour une meilleure compréhension du rôle des gènes SOD chez l’arganier. Ces résultats pourraient, à terme, contribuer au développement de plantes plus résistantes au stress, capables de mieux tolérer la sécheresse, la salinité et d’autres contraintes environnementales.

Ref. Chahidi M., El Faqer A., Rabeh K. & Belkadi B., 2025 - Genome-wide survey of superoxide dismutase (SOD) genes in Argania spinosa L., an endemic tree species. Discover Plants (2025) 2:362 – https://doi.org/10.1007/s44372-025-00379-x

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https://www.teline.fr/fr/actualites/article/55 Fri, 09 Jan 2026 00:00:00 +0100
<![CDATA[Mise évidence de biomarqueurs spécifiques liés à la tolérance à la sécheresse de l’arganier.]]> À l’aide d’une approche métabolomique, cette étude vise à identifier les métabolites présents chez l’arganier et à détecter des biomarqueurs associés au stress hydrique chez deux écotypes adaptés à des conditions environnementales contrastées. Comprendre quels métabolites et quelles voies métaboliques sont mobilisés face à la sécheresse constitue une base scientifique essentielle pour cibler les mécanismes réellement efficaces d’adaptation.

Les graines utilisées proviennent de deux stations distinctes : Aoulouz, située à l’ouest au fond de la plaine du Souss, au pied du Haut Atlas (altitude : 700–850 m ; pluviométrie annuelle moyenne d’environ 232 mm ; températures minimales et maximales moyennes de 5,6 °C et 35,7 °C, respectivement), et Lakhssas, localisée au sud dans la région de Guelmim (altitude : 916–988 m ; pluviométrie annuelle d’environ 189 mm ; températures minimales et maximales moyennes de 7,3 °C et 31,2 °C, respectivement).

L’expérimentation a porté sur douze plants âgés d’un an, cultivés en pots de 15 × 15 cm contenant un subs142trat constitué d’un mélange 4:1 de terre forestière et de tourbe et répartis équitablement entre les deux écotypes et les deux conditions expérimentales (stress hydrique et témoin). L’identification des métabolites a été réalisée à l’aide d’une technique analytique combinant la chromatographie en phase gazeuse à la spectrométrie de masse (GC-MS).

En conditions de stress hydrique, l’analyse statistique (test t, p < 0,05) a permis d’identifier 44 métabolites significativement affectés chez l’écotype Lakhssas et 56 chez l’écotype Aoulouz.

Un diagramme de type volcano plot a ensuite été utilisé afin de distinguer les métabolites surexprimés et sous-exprimés sous stress hydrique. Dans ce graphique, le log₂ du fold change (log₂FC), représentant la variation relative de l’abondance des métabolites entre les conditions stress hydrique et témoin, est porté en abscisse, tandis que l’axe des ordonnées (−log₁₀(p)) indique la significativité statistique. Les métabolites situés à droite du graphique (log₂FC positif) correspondent aux métabolites surexprimés (concentration significativement plus élevée sous stress hydrique par rapport au témoin), tandis que ceux situés à gauche (log₂FC négatif) sont sous-exprimés (concentration diminuée significativement sous stress hydrique par rapport au témoin). Ainsi, 34 métabolites étaient surexprimés et 10 sous-exprimés chez Lakhssas, tandis que chez Aoulouz, 25 métabolites étaient surexprimés et 31 sous-exprimés.

L’importance relative de chaque métabolite a été évaluée à l’aide de l’analyse VIP (Variable Importance in Projection), qui permet, dans un modèle multivarié, d’identifier les composés contribuant le plus à la discrimination entre les deux écotypes. Sur cette base, vingt métabolites présentant un score VIP ≥ 1, indicatif d’une contribution significative, ont été sélectionnés.

Les analyses en composantes principales (PCA) et les analyses discriminantes par moindres carrés partiels orthogonaux (OPLS-DA) ont révélé une séparation nette entre les échantillons témoins et ceux soumis au stress hydrique. En s’appuyant sur l’importance des variables dans les scores de projection ainsi que sur les analyses des courbes ROC (Receiver Operating Characteristic), dix biomarqueurs potentiels de tolérance à la sécheresse ont été identifiés.

Chez l’écotype Aoulouz, deux métabolites surexprimés, M65 (lupéol) et M102 (octadécane), ainsi que trois métabolites sous-exprimés, M108 (octacosane), M123 (5-octadécène, E) et M200 (ester diéthylique de l’acide 4-nitrobenzylidènemalonique), se sont révélés déterminants. En revanche, l’écotype Lakhssas présentait cinq biomarqueurs surexprimés : M6 (ester méthylique de l’acide hexadécanoïque), M54 (1,3,6,10-cyclotétradécatétraène, 3,7,11-triméthyl-14-(1-méthyléthyl)), M88, M91 et M142.

Les métabolites M65 et M102 chez Aoulouz contribueraient probablement au renforcement de l’intégrité cuticulaire et à l’atténuation des réponses au stress oxydatif. À l’inverse, la surexpression de M6 et M54 chez Lakhssas suggère une adaptation reposant davantage sur la signalisation lipidique et le métabolisme énergétique. Toutefois, cet écotype pourrait se révéler moins résilient face à une sécheresse prolongée, en raison d’une plus forte capacité de réallocation métabolique.

En conclusion, l’étude montre que les deux écotypes adoptent des stratégies distinctes : l’écotype Aoulouz développe une tolérance durable via le renforcement de la cuticule et une meilleure gestion du stress oxydatif et l’écotype Lakhssas mise sur des ajustements métaboliques transitoires. Ces résultats sont précieux car ils relient des signatures métaboliques mesurables à des stratégies physiologiques efficaces, ouvrant ainsi la voie à des applications concrètes en amélioration des plantes et en agriculture durable face au stress hydrique.

Réf. Rabeh K., Farid Rachidi F., Sbabou L. et al.,2025 - Potential metabolite biomarkers of drought tolerance in contrasting Sideroxylon spinosum L. ecotypes using a metabolomic approach. J. Sci. Food Agric. (wileyonlinelibrary.com) DOI 10.1002/jsfa.70365

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