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[Mar 31, 2023] Les phytosociologies placent les groupements à arganier dans la classe des Quercetea ilicis : pourquoi ?

Les phytosociologues spécialistes de la végétation nord-africaine (Quézel et Barbéro 1986, Rivas-Martínez 1974, Rivas-Martínez et al. 2001, Quézel et Médial, 2003) placent les groupements à arganier dans la classe des Quercetea ilicis. Cette façon de voir les choses n’est pas récente. Il y a plus de soixante-dix ans que Bolos (1950, page 147) et Braun-Blanquet et al. (1952, page 229) considèrent que l’Arganion littorale fait partie des Quercetea ilicis, en précisant que c’est une alliance spéciale au Maroc occidental. La récente et très précieuse monographie (Taleb et Fennane, 2019), qui fait l’inventaire des communautés des plantes vasculaires du Maroc, adopte également cette position.

Il paraît utile d’expliquer et donc de comprendre pourquoi l’arganier et le chêne vert sont associés par les phytosociologues dans ce taxon de haut rang, car d’une part cette explication n’a jamais été donnée et d’autre part dans le sud-ouest marocain, l’arganier, qui représente un pôle d’aridité au contact de la zone saharienne, n’est jamais associé au chêne vert, qui se cantonne uniquement sur les sommets des Atlas à la recherche de l’humidité.

Les phytosociologues reconnaissent les classes par la présence d'un ensemble de taxons caractéristiques et une définition écologique générale (Pignatti et al., 1995).

Quand on étudie les communautés des arganeraies marocaines (Peltier, 1982, Msanda et al., 2005), il est impossible d’y reconnaitre la classe des Quercetea ilicis par la présence des espèces caractéristiques, elles sont toutes absentes des associations décrites *. Par conséquent, les communautés d’arganiers ont été placées dans la classe des Quercetea ilicis à la fois pour des critères biogéographiques (elles sont dominées par les éléments méditerranéens) et écologiques (elles appartiennent à la zone méditerranéenne, telle qu’elle est classiquement définie (Daget, 1977, Quézel 1985).

Ainsi, la classe des Quercetea ilicis correspond à des structures de végétations forestières et préforestières sclérophylles mélangées, à forte hétérogénéité physionomique, à base de Quercus, Tetraclinis, Juniperus, Argania, voire Pinus (?). Elle est donc tout simplement un indicateur de la région méditerranéenne caractérisée par une saison sèche plus ou moins longue, axée sur la période chaude.

*La liste des caractéristiques et préférentielles des Quercetea ilicis publiée en 2003 (Quézel et Médial, 2003) est la suivante Rubia peregrina, Smilax aspera, Arbutus unedo, Arisarum vulgare, Asparagus acutifolius, Juniperus oxycedrus, Lonicera etrusca, Lonicera implexa, Olea europaea, Rosa sempervirens .

Références citées

Bolos A. de, 1950 - Vegetacion de las comarcas barcelonesas. Instituto Espanol de Estudios Mediterraneos, Barcelona, 579 p.

Braun-Blanquet J., Roussine N. & Nègre R.,1952 - Les groupements végétaux de la France méditerranéenne. CNRS, Montpellier, 297 p.

Daget P., 1977 – Le bioclimat méditerranéen ; caractères généraux, modes de caractérisation. Vegetatio 34, 1-20.

Msanda F. El Aboudi A. & Peltier J.P., 2005 - Biodiversité et biogéographie de l’arganeraie marocaine. Cahiers Agricultures vol. 14, n° 4, juillet-août, 357-364.

Peltier J.P., 1982 - La végétation du bassin versant de l’Oued Souss (Maroc). Thèse Doctorat d’Etat, Univ. Scientifique et Médicale de Grenoble, Grenoble, 201 p.

Pignatti S., Oberdorfer E., Schaminée J.H.J. & Westhoff V. 1995 – On the concept of vegetation class in phytosociology. Journal of Vegetation Science 6 : 143-152.

Quézel P., 1985 - Definition of the Mediterranean region an the origin oh its flora. In : Gômez-Campo, C. (Ed.), Plant conservation in the Mediterranean area. Dr W. Junk Publishers, Dordrecht, 9-24.

Quézel P., Barbero M. 1986 - Aperçu syntaxinomique sur la connaissance actuelle de la classe des Quercetea ilicis au Maroc. Ecologia mediterranea, tome 12 n°3-4, pp. 105-112.

Quézel P. & Médail F, 2003 – Ecologie et biogéographie des forêts du bassin méditerranéen. Editions scientifiques et médicales Elsevier SAS, 568 p.

Rivas-Martínez S.1974 - La vegetación de la clase Quercetea ilicis en España y Portugal. Anales del Instituto Botánico Cavanilles 31(2): 205–259.

Rivas-Martinez S, Diaz TE, Fernandez-Gonzales F,(i> et al., 2001 - Syntaxomical checklist of vascular plant communities of Spain and Portugal to association level. Itinera Geobotanica 14 : 5-341.

Posted by Jean-Paul Peltier.

[Mar 24, 2023] In the Argan tree, chromosomes numbers is variable !

Observation of the metaphases of the root apex of germinated seeds, taken from five genotypes of trees selected on various morphological aspects. Chromosomes numbers is variable : 20, 22 and 24 chromosomes having been counted. Only number 22 is new, the other two confirm the publication of Miège (1954) and that of Humphries et al. (1978).

It has also been demonstrated using a cell analysis technique - flow cytometry - that in the Argan tree the level of ploidy, which refers to the number of copies of chromosomes that the cell contains in its nucleus, is stable (2n = 2x). ).

The great morphological diversity of the Argan tree could explain this chromosomal variability. However, other studies are needed (counting the chromosomes of the somatic cells of the buds, for example) to explain the variation in the number of chromosomes and contribute to the study of the phenotypic and genotypic characteristics of the Argan tree. ).

Ref. : El Boukhari A., Tabi S., El Mousadik Aet al. 2023 - Flow cytometry and chromosome numbers variation in argan tree Argania spinosa (L.) Skeels. Notulae Scientia Biologicae. Volume 15, Issue 1, Article number 11451 - DOI:10.15835/nsb15111451

Posted by Jean-Paul Peltier.

[Jan 24, 2023] Le sud-est de la péninsule ibérique, très favorable à la culture de l’arganier.

L’étude cherche à prédire la distribution de l’arganier dans le bassin méditerranéen. Pour y répondre, la méthode de modélisation du maximum d'entropie MaxEnt est utilisée. Rappelons qu’elle prend en compte les points où l’espèce est observée (données d’occurrence) et les caractéristiques climatiques et environnementales des points où l’espèce est présente.

27 points d’occurrence ont été sélectionnés au Maroc à l’aide du système mondial d'information sur la biodiversité (SMIB), réseau en libre accès qui collecte les données d'occurrence des espèces dans le monde. Pour rendre l'analyse plus robuste, 42 données d’occurrence, tirées de la bibliographie et distribuées en Espagne (provinces de Murcie et d'Alicante) et en Algérie (provinces de Mostaganem et Mascara), ont été ajoutés, l’arganier ayant été introduit et naturalisé, mais jamais cultivé, dans ces pays. Au total, la liste d’occurrence rassemble 53 points d’observation de présence de l’arganier.

L’étude de type écogéographique fait appel à un grand nombre de variables climatiques et environnementales. Les données climatiques sont fournies par la base de données Worldclim, les trois variables topographiques (les pentes, l'ombrage et l'exposition) ont été calculées à l’aide d’un modèle numérique d'élévation (SRTM), l’aridité a été approchée par un indice d'aridité globale et l'évapotranspiration potentielle, la mesure du taux de couverture végétale a été estimée à l’aide de l’indice de végétation par différence normalisée ( NDVI ), les températures de surface des mois d’ avril et de juillet ont été extraites de la base de données satellitaires MODIS Land et enfin, les données de vitesse et de direction du vent proviennent du « package open air » outil open source pour l’analyse des données sur la pollution de l’air.

Les résultats confirment ce que l’on sait de l’autoécologie de l’arganier : c’est une espèce thermophile et xérophile, soumis à une forte influence océanique qui a la capacité de peupler des milieux différents.

Pour la Maroc, l’aire potentielle de l’arganier prédite par MaxEnt est très comparable à celle proposée par Moukrim et al. en 2018 (référence qui ne figure pas en bibliographie).

Les résultats suggèrent que dans le bassin méditerranéen et en dehors de son aire de répartition naturelle, le sud-est de la péninsule ibérique est potentiellement le plus favorable à la culture de l’arganier, ce qui représente, selon les auteurs, une opportunité pour améliorer la diversité génétique et la conservation de cet arbre.

Réf. : Labarca-Rojas, Y., Hernández-Bermejo, J.E., Quero, J.L. et al. Bioclimatic habitat limitations for argan trees (Argania spinosa. (L.) Skeels) in Northern Africa and Spain. Reg Environ Change 22, 14 (2022). https://doi.org/10.1007/s10113-021-01869-w

Posted by Jean-Paul Peltier.

[Jan 2, 2023] La collection ex situ d’Arganiers du sud de la Péninsule Ibérique, outil complémentaire pour la conservation de la diversité génétique de l’espèce

Le sud de la Péninsule Ibérique (très précisément, la municipalité d'Aguilar de la Frontera, au sud-est de Cordoue en Andalousie) abrite une collection ex situ d’environ 600 Arganiers, plantés en 2013 par semis et repiqué en 2015.

21 Arganiers ont été sélectionnés, pour évaluer la diversité morphologique et génétique de cette collection ex-situ âgée de 10 ans et promouvoir la culture de l’Arganier dans les régions les plus propices à son introduction future dans le bassin méditerranéen, dans un contexte de changement climatique.

Six caractères morphologiques et quatre caractères fruitiers permettent d’appréhender la diversité phénotypique des individus, regroupés en trois morphotypes à l’aide d’un dendrogramme obtenu en appliquant l'indice de similarité de Jaccard. Une Analyse des Correspondances Multiples est utilisée pour reconnaître les caractères associés à chaque morphotype.

La diversité génétique, qui permet l'évolution des espèces et donc leur adaptation, est mise en évidence à l’aide de six marqueurs microsatellites, classiquement utilisés pour les études génétiques de la structure des populations.

La méthode du maximum d'entropie, dite "MaxEnt", modélise la distribution spatiale potentielle de l’Arganier dans le bassin méditerranéen. Elle combine 96 points où l’espèce a été observée (données d’occurrence) et cinq variables climatiques pertinentes, tirées de la bibliographie, fournies par la base de données Worldclim.

Les résultats confirment le degré élevé de polymorphisme de l'Arganier aux niveaux génétique et morphologique, justifié non seulement par l'hétérogénéité de l'habitat, mais aussi probablement par le développement d'une stratégie cénotique de diversité en « i » (Blandin et al.1976) qui caractérise des populations capables de produire rapidement des individus génétiquement nouveaux.

Trois morphotypes différents ont été identifiés avec des caractères distinctifs en termes de port, de ramification, de taille, de forme et de couleur des feuilles et des fruits. Le morphotype I - arbres bien développés, à ramification dressée-épaisse, à feuilles fasciculées, de forme buxoïde ou oléoïde, de couleur vert clair, à fructification abondante et à fruit piriforme ou fusiforme jaune - pourrait être probablement très proche de l'idéotype souhaité par tout agriculteur.

De façon inattendue, la diversité génétique de cette collection ibérique est très représentative de la diversité de la population de l’Arganier dans son aire de répartition naturelle, car la distribution allélique est très efficace et le niveau d'hétérozygotie très proche de celui attendu.

Les scénarios du GIEC pour 2050 et 2080 indiquent que l’aire de distribution naturelle actuelle de l'Arganier sera considérablement réduite et se déplacera sur la rive nord du bassin méditerranéen (Péninsule Ibérique, Italie, Balkans et îles Tyrrhéniennes).

Réf. : Labarca‑Rojas Y., Hernández‑Bermejo JE. &· Francisca Herrera‑Molina F. et al.  2022 - Assessing argan tree (Argania spinosa (L.) skeels) ex‑situ collections as a complementary tool to in‑situ conservation and crop introduction in the Mediterranean basin. Trees. https://doi.org/10.1007/s00468-022-02367-0.

Posted by Jean-Paul Peltier.

[Oct 14, 2022] Végétaux vasculaires du massif Derraman, Sahara atlantique

Le massif Derraman, ensemble de reliefs granitiques d’environ 500 m d’altitude, est situé au NW d’Aousserd, S du Sahara atlantique. Le massif, riche de 104 espèces connues à ce jour, se singularise par la présence de nombreuses irradiations tropicales (Abutilon fruticosum, Boerhavia repens subsp. viscosa, Boscia senegalensis, Combretum aculeatum, Geigeria alata, Gisekia pharnaceoides, Grewia tenax, Hibiscus micranthus, etc.) qui témoignent d’échanges entre le monde méditerranéen et le monde tropical qui restent encore à décrypter.

La prospection de la région, après une saison de pluies favorables, doit continuer : elle permettra de faire d’autres découvertes et d’améliorer les connaissances biogéographiques de la région.

Réf. Garcin A., 2022- Nouveautés floristiques pour le Sahara atlantique, espèces afro-tropicales. Al Yasmina. https://alyasmina.org/alyasmina-2022/obs-sa.html

Posted by Jean-Paul Peltier.

Last modified on Thursday, May 23, 2024 at 07h38.