Cette étude analyse l'abondance, la diversité, la structure trophique, les indices écologiques et les traits fonctionnels des communautés de nématodes le long d'un gradient de continentalité au sein de la Réserve de biosphère de l'arganeraie marocaine. Au total, 130 échantillons de sol ont été collectés dans trois zones bioclimatiques distinctes : insulaire, côtière et semi-continentale.
Les nématodes bactérivores constituent le groupe trophique le plus abondant dans toutes les zones, suivis par les herbivores, les fongivores, les omnivores et les prédateurs. À l'échelle des groupes trophiques, la zone insulaire se distingue par une meilleure représentation de quatre groupes (bactérivores, herbivores, fongivores, omnivores-prédateurs), dont les proportions y sont plus élevées que dans les zones côtière et semi-continentale — une composition fonctionnelle plus diversifiée, à ne pas confondre avec l'équitabilité entre taxons, qui suit une tendance inverse (voir plus bas).
L'abondance totale et la richesse taxonomique des nématodes sont significativement plus élevées dans la zone insulaire. En revanche, les indices de diversité de Shannon (mesure de la biodiversité du milieu) et de Simpson (mesure de la dominance) ne montrent pas de différences significatives entre zones. Ce résultat suggère que l'augmentation de la richesse en zone insulaire est compensée par une distribution moins équitable des abondances entre taxons : la quantité globale et le nombre de taxons diminuent avec la continentalité, mais la structure globale de diversité reste relativement stable, tandis que la répartition relative des espèces, elle, varie nettement.
Cette compensation se confirme avec l'indice d'équitabilité de Pielou, significativement plus faible en zone insulaire (0,71) qu'en zones côtière (0,81) et semi-continentale (0,77 ; F = 18,73, p < 0,001). Autrement dit, si la zone insulaire héberge davantage de groupes trophiques et de taxons, ces taxons y sont dominés par quelques espèces particulièrement abondantes — contrairement aux zones côtière et semi-continentale, où les communautés, moins riches, sont réparties plus uniformément entre espèces.
L'analyse par ordination non métrique (NMDS) met en évidence une structuration géographique significative des communautés trophiques le long du gradient de continentalité, avec une différenciation nette de la zone côtière, caractérisée par une forte variabilité inter-sites et une proportion élevée de fongivores, de prédateurs et d'omnivores. Les zones insulaire et semi-continentale présentent des structures plus proches l'une de l'autre. L'analyse en composantes principales (PCA) confirme ces tendances : les fongivores et les prédateurs contribuent le plus à la différenciation entre zones, tandis que les bactérivores, dominants partout, sont distribués de manière relativement homogène.
Les valeurs de Community-Weighted Mean (CWM) du poids corporel, indicatrices de la structure de taille des communautés, sont systématiquement plus élevées dans la zone insulaire pour l'ensemble des groupes trophiques ; les zones côtière et semi-continentale présentent des valeurs plus faibles et similaires entre elles. Une tendance comparable est observée pour l'efficacité d'utilisation du carbone (CUE), plus élevée en zone insulaire pour la plupart des groupes, à l'exception des herbivores, pour lesquels aucune différence significative n'est observée. Ces valeurs de CUE restent néanmoins globalement faibles (< 0,5) dans toutes les zones, ce qui suggère une allocation importante de l'énergie à la respiration plutôt qu'à la croissance — un signe possible de stress environnemental, notamment thermique, ou de stratégies métaboliques adaptées aux conditions locales.
L'analyse des réponses environnementales indique que la biomasse et la productivité des nématodes diminuent progressivement avec l'augmentation de la continentalité. L'activité métabolique des principaux groupes trophiques est maximale en zone insulaire, intermédiaire en zone côtière et minimale en zone semi-continentale. L'amplitude thermique apparaît comme un facteur de stress majeur, avec une corrélation négative entre les variations de température et l'activité métabolique : les herbivores y sont les plus sensibles, suivis des bactérivores, des fongivores, puis des prédateurs.
Enfin, les analyses reliant les propriétés du sol aux communautés de nématodes montrent que leur abondance est favorisée par des conditions chaudes et par une humidité édaphique élevée, ainsi que par des niveaux adéquats de pH, d'azote et de calcaire. À l'inverse, des concentrations élevées en métaux (cuivre, zinc, manganèse) sont associées à une diminution de leur abondance. Une relation négative est également observée avec l'altitude et les précipitations — un résultat en apparence contre-intuitif au regard du lien positif avec l'humidité du sol, qui pourrait s'expliquer par des effets indirects tels que le lessivage des nutriments en altitude ou des conditions d'hypoxie liées à un excès d'eau. La diversité de la communauté et l'efficacité d'utilisation du carbone apparaissent en revanche peu influencées par ces paramètres édaphiques.
Dans l'ensemble, ces résultats confirment que l'augmentation de la continentalité s'accompagne d'une diminution de l'abondance et de la richesse des nématodes, ainsi que de modifications de la structure fonctionnelle et des équilibres écologiques au sein des communautés — sans altération majeure des indices globaux de diversité, mais avec un déplacement net vers une plus grande dominance de certains taxons en zone insulaire.
Réf. Braimin A., Benjlil H., Filali Alaoui I. et al., 2026 - Soil Nematode-Mediated Carbon and Energy Fluxes Along a Continental Gradient in Arid Ecosystems. Soil Syst. 2026, 10, 73 - https://doi.org/10.3390/soilsystems10070073
Posté par Jean-Paul Peltier.